Christian Malard

Arabies & Trends

POUTINE : MAÎTRE DU MOYEN ORIENT

S’il y a un chef d’état qui aura marqué le monde et l’année 2017 de son empreinte, c’est bien le Président Russe Vladimir Poutine. Il a su surfer sur les incohérences de la gouvernance occidentale, américaine en particulier, au Moyen Orient.

Depuis ce fameux soir de juin 2012 où, lors d’un dîner d’Etat qui était donné en son honneur par l’ancien Président Français François Hollande au Palais de l’Elysée à Paris, il a asséné la vérité suivante ; « Vous, les Occidentaux, ne me demandez pas de lâcher Bachar El Assad qui est un moindre mal par rapport aux Islamistes ou autres Frères Musulmans dans la région du Moyen Orient, alors qu’en lâchant Moubarak en Egypte, Ben Ali en Tunisie, Kadhafi en Libye, vous avez fait empirer la situation dans le Monde Arabe. »

Depuis ce moment là, et surtout depuis son intervention en Syrie en 2015, Poutine s’est imposé comme le maître du Moyen Orient..

Le Président Russe a compris depuis longtemps ce qu’est la menace Islamiste. En 2000, 9 mois après son arrivée au Kremlin, il me recevait pour une interview dans les appartements de feu l’Impératrice Catherine. Déjà, à cette époque il anticipait sur cette menace : « Dans mon arrière cour du Caucase, en Tchétchénie, au Daguestan, il est exclu que je laisse le champ libre à des Islamistes venus du Moyen Orient pour y encadrer les Tchétchènes et y instaurer des Républiques Islamiques »

En intervenant en Syrie en Septembre 2015, et en profitant de l’ancrage de sa flotte en Méditerranée dans la base navale de Tartous dont la Russie a hérité en 1971, depuis l’ascension au pouvoir de Haffez el Assad le père de Bachar, Poutine verrouille la situation et devient l’interlocuteur incontournable.

Aujourd’hui, il est le seul à avoir noué des contacts avec tous les protagonistes de la crise et à pouvoir jouer le rôle de médiateur. Il coopère avec la plus grande vigilance, voire méfiance, avec l’Ayatollarchie Iranienne pour stabiliser la situation en Syrie et y apporter une solution politique. Il parle à l’ennemi juré de l’Iran, l’Arabie Saoudite et son nouvel homme fort, le Prince Mohamed Bin Salmen. Il entretient d’excellentes relations avec le Premier Ministre Israélien Benyamin Netanyahu à tel point que, lorsque l’aviation Israélienne bombarde sur le territoire Syrien des convois d’armements Iraniens destinés au Hezbollah, aux milices Chiites pro Iraniennes, sans parler de certains pasdarans (gardiens de la révolution), il ferme les yeux et se bouche les oreilles.

Il essaie aussi avec l’Arabie Saoudite de mettre sur pied une opposition Syrienne unifiée aux négociations de Genève.

Qui plus est la Turquie de l’imprévisible Erdogan membre de l’Otan qui mange à tous les râteliers, n’a pas hésité à passer dans le giron Poutinien.

Il faut ajouter à cela que, depuis que le Président Américain Donald Trump a décidé de reconnaître Jérusalem comme Capitale d’Israël, Poutine profite aussi du mécontentement de circonstance régnant au sein du Monde Arabe et de l’Union Européenne.

Reste qu’au milieu de cette situation très volatile, la préoccupation majeure de Poutine est, après le retrait d’une partie de ses troupes, de parvenir le plus rapidement possible à une situation politique en Syrie.

Aujourd’hui, la Real politik fait que tous les acteurs de la crise ne semblent plus faire du départ de Bachar El Assad un préalable aux négociations de paix.

Maintenant, une question se pose concernant l’occupation militaire du territoire Syrien.
Si le départ déjà amorcé des troupes Russes ne posera pas de problèmes, quid du Hezbollah, des Gardiens de la Révolution et des milices chiites pro Iraniennes ?

Il ne semble pas que les Iraniens soient décidés à quitter le territoire Syrien. Dans ce cas, n’y aura-t-il pas risque de casus belli avec les Israéliens qui ont toujours déclaré qu’ils ne tolèreraient pas la moindre présence militaire Iranienne à leurs frontières.

Vladimir Poutine devra-t-il jouer les médiateurs entre Israéliens et Iraniens ou laissera-t-il faire, sachant que l’Iran demeure son allié de circonstance avec des velléités expansionnistes sur le Moyen Orient que ni lui, ni Donald Trump, ni Benyamin Netanyahu, ni Mohamed Bin Salman ne pourront accepter.

 

POUTINE, THE MIDDLE EAST MASTERMIN

If there is a head of state who will have marked the world and the year 2017 of his imprint, it is indeed the Russian President Vladimir Putin. He has been able to surf on the inconsistencies of Western governance, American in particular, in the Middle East.

Since that famous evening of June 2012 when, during a state dinner that was given in his honor by the former French President François Hollande at the Elysee Palace in Paris, he gave the following truth ;  » You Westerners do not ask me to let go of Bashar El Assad who is a lesser evil compared to Islamists or other Muslim Brotherhood in the Middle East region, while releasing Mubarak in Egypt, Ben Ali in Tunisia, Kad hafi in Libya , you have made the situation worse in the Arab world. « 

Since then, and especially since his intervention in Syria in 2015, Putin has emerged as the master of the Middle East.

The Russian President has long understood what the Islamist threat is. In 2000, 9 months after his arrival at the Kremlin, he received me for an interview in the apartments of the late Empress Catherine. Already, at that time he was anticipating this threat :  » In my backyard of the Caucasus, in Chechnya, in Dagestan, it is impossible for me to leave the field open to Islamists from the Middle East to supervise the Chechens and to establish Islamic Republics there. « 

By intervening in Syria in September 2015, and taking advantage of the anchoring of its fleet in the Mediterranean in the naval base of Tartous which Russia inherited in 1971, since the rise to power of Haffez el Assad the father of Bashar, Putin locks the situation and becomes the inevitable interlocutor.

Today, he is the only one to have established contacts with all the protagonists of the crisis and to be able to play the role of mediator. It cooperates with the greatest vigilance, even mistrust, with the Iranian Ayatollarchy to stabilize the situation in Syria and bring a political solution to it . He speaks to the sworn enemy of Iran, Saudi Arabia and his new strongman, Prince Mohamed Bi n Salmen. He has excellent relations with Israeli Prime Minister Benyamin Netanyahu, so much so that when the Israeli air force bombs Syrian convoys of Iranian armaments for Hezbollah, Iranian Shiite militias , not to mention some (guardians of the revolution), he closes his eyes and closes his ears.

He is also trying with Saudi Arabia to set up a unified Syrian opposition to the Geneva talks.

What is more Turkey of the unforeseeable Erdogan, a member of NATO who eats at every rake , did not hesitate to pass into the fold of Putin.

It should be added that since the American President Donald Trump decided to recognize Jerusalem as the capital of Israel, Putin also benefits from the circumstantial discontent within the Arab world and the European Union .

Remain in the middle of this very volatile situation, Putin’s major concern is, after the withdrawal of some of his troops, to reach a political situation in Syria as soon as possible.

Today, the Real Politik makes that all the actors of the crisis do not seem to make the departure of Bashar El Assad a preliminary to the negotiations of peace.

Now, a question arises regarding the military occupation of Syrian territory.
If the already started departure of Russian troops will not pose any problems, what about Hezbollah, Revolutionary Guards and pro-Iranian Shiite militias? ?

It does not appear that the Iranians are determined to leave Syrian territory. In this case, will there be no risk of casus belli with the Israelis who have always declared that they would not tolerate any Iranian military presence on their borders.

Will Vladimir Putin play the mediators between Israelis and Iranians or let it go, knowing that Iran remains its ally of circumstance with expansionist ambitions on the Middle East that neither he, neither Donald Trump nor Benyamin Netanyahu or Mohamed Bin Salman will not be able to accept.