Christian Malard

Arabies & Trends

 IRAK : QUELS LENDEMAINS APRES LA VICTOIRE SUR L’ETAT ISLAMIQUE ?

L’effondrement de l’Etat Islamique dans la presque totalité de ses bastions Irakiens laisse percer un grand espoir pour ce pays englué dans la guerre durant ces 37 dernières années.

Mais si c’est un moment d’espoir, c’est aussi un moment de dangers, de risques pour un pays qui peut, à nouveau, être confronté aux mêmes problèmes, aux mêmes causes qui ont facilité l’émergence de l’Etat Islamique.

En effet, les vieilles disputes, entre Sunnites, Chiites et Kurdes, concernant les terres, les ressources et le pouvoir, refont surface au moment où les vainqueurs de la guerre se déchirent pour contrôler les territoires libérés et prendre le pouvoir dans ce que l’on appelle le paysage post Islamique.

Les rivalités réapparaissent aussi dans le cadre de la reconstruction des villages et des villes détruits par les combats, du réacheminement des millions de personnes déplacées vers leur domicile et de la réconciliation entre communautés qui, il y a 3 ans, ont préféré les lois brutales et barbares de l’Etat Islamique aux nombreux abus de leur gouvernement.

L’échec de tout règlement post Etat Islamique enclencherait inévitablement le cycle de mécontentement et de révolte qui a conduit à l’insurrection Irakienne de 2003 et à sa réincarnation sous la forme de l’Etat Islamique après 2011.

On a là un défi qui paraît à la fois immense et insurmontable.

A Mosul, dans le quartier de la vieille ville, 230 000 personnes se retrouvent sans habitation. Et elles ne sont pas prêtes d’être relogées. Pour l’instant, il n’y a aucun signe tangible d’un début de reconstruction.

La frustration est telle qu’on retrouve sur les murs des inscriptions du type : « Il y aura bientôt un autre Etat Islamique. » Il s’agit là d’un message clairement adressé aux autorités qui restent les bras croisés.

Les rivalités politiques, qui avaient été mises en sommeil au nom de la lutte contre l’Etat Islamique, reprennent le dessus.

La région Kurde pousse en avant son referendum sur l’Indépendance, en dépit des objections émises par l’Iran, la Turquie et les Etats Unis, et peut déclencher une nouvelle guerre, avant que celle en cours ne soit terminée.

Le vote pose la délicate question des frontières de la région du Kurdistan. Des tensions se profilent dans des endroits où les forces Peshmergas Kurdes et les milices Chiites soutenues par l’Iran se sont retrouvées face à face à cause de la guerre contre l’Etat Islamique.

Des clivages apparaissent à l’intérieur même de la majorité Chiite Irakienne qui s’est ralliée aux forces de sécurité du pays et aux milices connues sous le nom de Hashd El Shaabi ou unités de mobilisation populaires.

Il y a des divergences énormes sur la future identité du pays avec une question des plus sensibles : « Devons nous nous tourner davantage vers l’Iran ou maintenir notre alliance avec les Etats Unis ? Et jusqu’où faut il aller dans la réconciliation entre la majorité Chiite et la minorité Sunnite ?

Au printemps prochain, des élections pourraient être sujettes à conflit car les partis politiques qui sont derrière les milices soutenues par l’Iran, qui ont joué un grand rôle dans les combats, veulent capitaliser sur leur victoire pour avoir la majorité au parlement.

Face à cette situation, les Sunnites sont en plein désarroi, dispersés dans les camps de réfugiés ou de retour dans leur maison en ruine. Ils se sentent toujours rejetés par la majorité Chiite.

L’avenir est d’autant moins réjouissant que le pays n’a aucun budget pour la reconstruction. La chute des prix du pétrole et les contraintes de la guerre contre l’Etat Islamique l’ont mis en faillite et sous la dépendance du Front Monétaire International et de la Communauté Internationale.

Les Nations Unies cherchent désespérément à recueillir 100 Milliards de dollars pour reconstruire l’Irak. Bonne chance !

What next after the victory over The Islamic State ?

The collapse of the Islamic state in almost all of its Iraqi strongholds gives hope for a country plagued by war in the last 37 years.

But if it is a moment of hope, it is also a time of danger and risk for a country which can once again be confronted with the same problems and causes that have facilitated the emergence of the State Islamic.

Indeed, the old disputes between Sunnis, Shiites and Kurds over land, resources and power resurface as the victors of the war tore apart control over the liberated territories and seize power in what the  » the post-Islamic landscape is called.

Rivalry also reappears as part of the reconstruction of villages and towns destroyed by fighting, the redirection of millions of displaced persons to their homes, and the reconciliation between communities who, three years ago, preferred brutal laws and barbarians of the Islamic State to the many abuses of their government.

The failure of any post-Islamic settlement would inevitably trigger the cycle of discontent and revolt that led to the 2003 Iraqi insurgency and its reincarnation in the form of the Islamic state after 2011.

This is a challenge that seems both immense and insurmountable.

In Mosul, in the old town district, 230,000 people find themselves without a home. And they are not ready to be relocated. For now, there is no tangible sign of a beginning of reconstruction.

The frustration is such that one finds on the walls inscriptions like: « There will soon be another Islamic State. « This is a clear message addressed to the authorities who sit idly by.

The political rivalries, which had been put to sleep in the name of the struggle against the Islamic State, are taking over.

The Kurdish region is pushing forward its referendum on Independence, despite objections from Iran, Turkey and the United States, and may trigger a new war before the current one is over.

The vote raises the delicate question of the borders of the Kurdistan region. Tensions are developing in places where the Kurdish Peshmerga forces and the Iranian-backed Shiite militias have come face to face because of the war against the Islamic state.

Cleavages appeared within the majority of Iraqi Shiite who rallied to the country’s security forces and militias known as Hashd El Shaabi or popular mobilization units.

There are enormous divergences on the future identity of the country with a most sensitive question: « Should we turn more to Iran or maintain our alliance with the United States? And how far should one go in reconciliation between the Shi’ite majority and the Sunni minority?

Next spring, elections may be subject to conflict as the political parties behind the Iran-backed militias, which have played a major role in the fighting, want to capitalize on their victory to win a majority in parliament.

Faced with this situation, the Sunnis are in disarray, scattered in refugee camps or returning to their ruined homes. They still feel rejected by the Shiite majority.

The future is all the more unfortunate that the country has no budget for reconstruction. The fall in oil prices and the constraints of the war against the Islamic State put it into bankruptcy and depended on the International Monetary Front and the International Community.

The United Nations is desperate to raise $ 100 billion to rebuild Iraq. Good luck !