Christian Malard

BACHAR EL ASSAD : J’Y SUIS, J’Y RESTE

En promettant récemment de reprendre chaque pouce du sol syrien à ses adversaires, le Président Bachar El Assad a douché tous les espoirs d’une reprise des négociations à Genève et de la fin d’une guerre qui entre dans sa sixième année.

Depuis la rupture des négociations, en avril dernier sous l’égide des Nations Unies, Bachar El Assad ne laisse entrevoir aucun signe de compromis.

Bien au contraire, il ne cesse de qualifier ces négociations de piège tendu par des opposants qui ne cherchent qu’à le renverser, ce qui n’est pas faux.

Aujourd’hui, le caractère de défiance que le Président Syrien veut imprimer a son discours est du au fait qu’il se sent complètement enhardi et remis en selle par son allié N°1, le Président Russe, Vladimir Poutine et la Russie qui encadrent les troupes Syriennes à coup de bombardements répétés contre les groupes insurgés.

Les frappes aériennes Russes, on le voit, ont permis, à l’Armée Syrienne, de reprendre à l’Etat Islamique Palmyre.

Les Russes ont permis aussi, aux troupes loyalistes, d’infliger de lourdes pertes autour d’Alep, la 2ème ville et poumon économique du pays et, dans le Nord, à des groupes insurgés soutenus par les Etats-Unis.

Même si la Russie et les Etats-Unis ont appelé à trouver une solution diplomatique tout en coordonnant leurs attaques ciblées contre Daech, on ne voit pas comment le discours tenu par Bachar El Assad peut inciter les opposants à se rendre à nouveau à la table des négociations.

Sa défiance et son intransigeance ne feront qu’augmenter au fur et à mesure où les Russes auront déblayé le terrain contre Daech et Al Nosra, le Al Quaïda Syrien, sans oublier qu’avec l’appui de Vladimir Poutine, Bachar El Assad veut régler ses comptes avec son voisin Turc, le Président Erdogan qui aide des groupes insurgés à le renverser depuis le Nord de la Syrie.

Ses propos sont même terribles : « Alep, dit Bachar El Assad, sera la tombe qui se renfermera sur tous les rêves et espoirs du Boucher Erdogan ».

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on est à un tournant car la guerre contre Daech sera longue mais on est à une étape importante dans cette guerre.

J’en veux pour preuve la double offensive majeure sur Raqqa, le QG de Daech en Syrie, lancée à la fois par les troupes Syriennes appuyées par l’aviation Russe, appelons cela l’axe Syrio Russe, et par une coalition Arabo Kurde appuyées par les Etats-Unis à partir du Nord de la Syrie.

Il semble qu’aujourd’hui, la concertation établie par le Ministre Russe des Affaires Etrangères Serguei Lavrov, avec d’un côté les Américains et de l’autre les forces de la coalition Arabo Occidentale, porte ses fruits.

Étonnamment, il aura fallu que le dispositif sécuritaire Syro Russe soit touché par Daech dans le port de Tartous pour que s’organisent ces deux controffensives.

Pour éradiquer Daech et tenter de régler politiquement la question Syrienne, Vladimir Poutine nous fait le coup magistral du billard à deux bandes :

1°) Je propose aux Américains de coordonner les actions contre Daech pour détruire, entre autre, son QG de Raqqa

2°) Je propose aussi aux autres partenaires Arabes des Etats Unis : L’Arabie Saoudite, les autres Monarchies du Golfe, toutes des farouches ennemis de Bachar El Assad, de coordonner nos deux actions.

C’est là une façon de conforter indirectement le Président Syrien face à Daech et de gagner du temps par rapport à son avenir politique.

On ne voit pas Barack Obama, à 5 mois de l’élection présidentielle Américaine, lancer quelque initiative militaire que ce soit pour déstabiliser le régime Syrien.

Cela laissera aussi du temps à Vladimir Poutine pour placer ses pions sur l’échiquier politique Syrien.

Comments are closed.